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Lawh Wa Qalam: M. F. Husain Museum - Doha (Qatar)

Quand l’architecture naît d’une œuvre d’art

À partir d’une esquisse laissée par M. F. Husain prend forme le musée conçu par Martand Khosla à Doha. Un édifice où la mosaïque céramique devient partie intégrante du langage architectural, entre mémoire, identité régionale indienne et recherche sur la matière
Auteur
Francesca Gugliotta
Projet
Martand Khosla
Entrepreneur
Vladan Preradovic
Surfaces céramiques
STUDIO D.O.C.
Distributeur
Highrise Qatar
Année de réalisation
2025

En 2008, Maqbool Fida Husain, artiste considéré comme le Picasso de l’Inde, dessine un bâtiment bleu. Une œuvre destinée à devenir le Lawh Wa Qalam de Doha, au Qatar, le plus grand musée au monde consacré au maître du modernisme indien. Martand Khosla traduit ce geste pictural en architecture. Il explique : « L’esquisse de Husain n’est pas un dessin d’exécution traditionnel. C’est une œuvre d’art et, à ce titre, elle peut être interprétée à plusieurs niveaux : littéral, symbolique et philosophique. Elle nous donne des indications sur la forme et la façade du bâtiment, ainsi qu’une série de références culturelles et historiques, mais elle n’est liée ni à un site précis ni à une échelle définie. Je pense que Husain proposait davantage une idée de musée qu’un projet architectural abouti. »

Pour Khosla, architecte et sculpteur, il s’agit d’une expérience inédite : « Le musée naît d’une œuvre d’art, une situation à laquelle je n’avais jamais été confronté auparavant. Le processus de conception s’est transformé en un dialogue imaginaire avec Husain. Plutôt que de traduire ses peintures en architecture, j’ai engagé un dialogue avec l’esquisse, laissant cet échange façonner le langage architectural. »

Le musée se trouve au sein d’Education City, le campus consacré à la culture, à l’enseignement et à la recherche. « J’envisage le musée à deux échelles différentes. La première est celle de l’artiste : le bâtiment devait devenir non seulement un lieu d’accueil pour la collection de Husain, mais aussi un espace permettant de mieux connaître sa vie et son œuvre. C’est pourquoi le projet comprend une bibliothèque, des galeries d’exposition et des espaces de rencontre et d’événements. La seconde est l’échelle urbaine : le musée ne devait pas être un simple lieu abritant des œuvres d’art, mais un catalyseur de dialogue et un lieu d’apprentissage. Le bâtiment se développe sur une plateforme surélevée, presque comme une scène sur laquelle se tissent les échanges entre le musée, Education City et la communauté. »

Une succession de volumes géométriques revêtus de mosaïque en céramique émaillée définit l’apparence du musée, qui évolue constamment au gré des variations de la lumière. La façade évoque la technique du trencadís de Gaudí. « Bien que cette comparaison constitue l’une des interprétations possibles, souligne l’architecte, il est important de rappeler que les surfaces composées de fragments de carreaux possèdent une longue histoire dans le sous-continent indien. Utilisées sur les terrasses pour réduire l’absorption de chaleur, elles apparaissent également dans le Rock Garden, le parc de sculptures de Chandigarh, ainsi que dans la galerie d’art souterraine Hussain-Doshi Gufa, à Ahmedabad. » Il ajoute : « L’esquisse ne fait pas directement référence aux carreaux. Elle suggère plutôt un volume bleu, ce qui nous a amenés à réfléchir aux traditions architecturales asiatiques et à la notion d’identité régionale en architecture. » Ici, observe Khosla, la céramique « ne doit pas être considérée comme une simple finition. Elle fait partie intégrante de l’architecture et contribue à la manière dont le musée est perçu : comme quelque chose qui naît d’une œuvre d’art, plutôt que comme un bâtiment qui se limite de l’abriter ».

La mosaïque a nécessité un important travail de recherche sur les couleurs, les finitions, les formats et les techniques de pose, mené par Studio Doc avec la précieuse collaboration de son partenaire au Qatar, Highrise Co. « Une attention particulière a été accordée aux bords cassés des éléments céramiques et aux joints qui se forment entre eux, le jointoiement devenant lui-même un élément décoratif, avec des décors réalisés en troisième cuisson selon les indications du maître d’ouvrage », explique l’entreprise céramique basée à Ubersetto di Fiorano, en Italie. « Nous avons développé deux palettes chromatiques, poursuit l’architecte. Celle de la maison bleue – couleur suggérée par l’esquisse – et celle de la maison gris-brun. Nous avons cherché à comprendre comment de grandes compositions de type palladiana, réalisées selon des procédés techniques maîtrisés, pouvaient restituer l’apparence d’une surface façonnée à la main, permettant à la façade de conserver un caractère aléatoire et artisanal tout en répondant aux exigences pratiques d’un projet de grande envergure. » Le revêtement se prolonge à l’intérieur du musée, contribuant à définir une enveloppe architecturale unique. « Comme la surface est composée de nombreux fragments irréguliers, la lumière s’y reflète et se déplace continuellement tout au long de la journée. »

Surfaces céramiques
Studio D.O.C.
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