Réduire la consommation d’énergie de 50 % en quarante ans, en divisant par deux les émissions de CO₂, sans sacrifier la qualité du produit. Ce n’est pas un objectif pour demain : c’est ce que l’industrie céramique italienne a déjà accompli, en transformant l’efficacité énergétique d’une contrainte réglementaire en levier concurrentiel et culturel.
(Juin 2026) – L’industrie italienne des surfaces céramiques, dont le cœur productif se trouve en Émilie-Romagne, a fait de l’efficacité une discipline quotidienne : des fours à rouleaux avec récupération de chaleur aux systèmes de cogénération, des panneaux photovoltaïques à la gestion intelligente des processus. Mais l’efficacité ne s’arrête pas à l’usine : elle est intégrée au produit lui-même, qui contribue à l’efficacité énergétique des bâtiments grâce aux façades ventilées, aux surfaces réfléchissantes et aux enveloppes à hautes performances thermiques.
L’efficacité comme principe : ne pas gaspiller, c’est déjà innover
L’efficacité énergétique dans l’industrie céramique ne naît pas d’un décret ni d’un objectif européen : elle naît d’une culture de production qui considère le gaspillage comme un échec sous tous les points de vue : économique, environnemental et humain. Ne pas gaspiller signifie utiliser l’énergie, les matières premières, le temps et l’argent de la manière la plus correcte possible. Cette définition simple, appliquée systématiquement à chaque phase du processus de production, produit des résultats mesurables.
Ce que le secteur céramique a compris avant beaucoup d’autres, c’est que qualité et efficacité ne sont pas en opposition : elles vont dans la même direction. Améliorer les performances énergétiques d’un four ne réduit pas seulement les coûts ; cela améliore souvent la stabilité thermique de la cuisson et donc la qualité du produit fini. En ce sens, l’efficacité énergétique des installations industrielles est à la fois un objectif environnemental et un levier concurrentiel.
Il existe dans cette équation un élément souvent sous-estimé : la contribution humaine. L’efficacité n’est pas seulement un système ; c’est un état d’esprit. Un opérateur qui éteint les machines inutilisées, signale une anomalie de consommation ou optimise une séquence de production participe activement au résultat collectif.
L’économie d’énergie, en ce sens, n’est pas un sacrifice : c’est une réinvention du processus qui crée de la valeur pour l’entreprise, pour le territoire et pour les générations futures.
Le cœur énergivore : la cuisson et la récupération de chaleur
La cuisson est l’une des phases les plus énergivores de tout le processus céramique : des températures comprises entre 1 000 et 1 250 °C sont maintenues pendant des heures dans des fours à rouleaux qui mesurent plusieurs dizaines de mètres. Il n’est donc pas surprenant que l’effort principal d’innovation énergétique se soit concentré précisément ici. La cuisson de la céramique italienne est aujourd’hui un processus radicalement différent de celui des années 1980 : la consommation énergétique spécifique est passée d’environ 12 GJ/t à 5–6 GJ/t au cours de la dernière décennie.
Derrière la réduction des consommations énergétiques se trouve une profonde transformation technologique. La cogénération représente l’un des outils les plus efficaces : elle produit simultanément de l’électricité et de l’énergie thermique, en augmentant l’efficacité globale de l’installation. La récupération de chaleur des fours permet de valoriser une énergie qui serait autrement dissipée.
Parallèlement à ces technologies, les installations photovoltaïques, les systèmes de suivi numérique et l’automatisation industrielle se sont imposés. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises contrôlent en temps réel leurs consommations d’énergie et peuvent intervenir rapidement pour optimiser les processus.
Les fours modernes sont plus efficaces, permettent une gestion plus précise de la température et réduisent les gaspillages d’énergie. L’ensemble de ces interventions a contribué de manière déterminante à réduire l’empreinte environnementale du secteur.
« Quand je pense à l’énergie, je pense à l’installation de systèmes photovoltaïques, de systèmes de cogénération, de fours équipés de systèmes de récupération de chaleur, mais aussi au remplacement continu des moteurs et des systèmes d’éclairage par des solutions toujours plus performantes. »
Il ne s’agit pas d’une intervention exceptionnelle, mais d’un investissement constant qui accompagne chaque cycle de production. Maintenir ou améliorer la performance du produit est la condition préalable de toute transformation industrielle, et réduire les gaspillages signifie améliorer la qualité à tous les points de vue.
| Approfondissements: |
| → La cuisson de la céramique italienne |
| → Les avantages de la cogénération énergétique |
Cogénération et photovoltaïque : une énergie générée, et pas seulement économisée
Réduire les consommations est l’une des deux faces de l’efficacité énergétique. L’autre consiste à changer la manière dont l’énergie est produite. L’industrie céramique italienne a investi avec détermination sur ces deux fronts : d’un côté, des systèmes de cogénération qui produisent simultanément de l’électricité et de la chaleur à partir d’une source unique ; de l’autre, des installations photovoltaïques qui exploitent les vastes surfaces des bâtiments industriels pour générer une énergie propre d’origine solaire.
L’énergie propre produite par les panneaux photovoltaïques couvre une part croissante des besoins électriques des installations, réduit la dépendance au réseau et abaisse encore l’empreinte carbone de la production.
« Nous utilisons des systèmes tels que les panneaux photovoltaïques et la cogénération pour améliorer l’efficacité énergétique. Bien faire signifie accorder de l’importance au produit ; le faire de manière responsable signifie accorder aussi de l’importance au processus et aux générations futures. »
La cogénération s’intègre à la nature énergivore du processus céramique : les moteurs à gaz qui produisent de l’électricité génèrent inévitablement une chaleur résiduelle qui, dans un système conventionnel, serait perdue. Une installation de cogénération correctement dimensionnée récupère cette chaleur et l’utilise pour alimenter des séchoirs, des atomiseurs ou le chauffage des espaces de production. Les avantages de la cogénération sont donc à la fois environnementaux et économiques : moins d’énergie achetée au réseau, moins d’émissions, des coûts d’exploitation plus bas et plus stables.
Chaque opérateur contribue pendant son poste, en éteignant les outils inutilisés, en gérant les processus avec attention et en évitant les petits gaspillages quotidiens qui, multipliés par des milliers d’heures de production, deviennent des chiffres significatifs. La contribution individuelle s’ajoute à l’investissement technologique et, ensemble, ils construisent le résultat collectif.
| Approfondissements: |
| → Les avantages de la cogénération énergétique |
| → De l’énergie propre avec les panneaux photovoltaïques |
| → Le carreau photovoltaïque |
| → Les carreaux photovoltaïques |
Un investissement continu : l’efficacité comme choix stratégique d’entreprise
Qualité et efficacité vont dans la même direction : l’excellence. Ce n’est pas un slogan, mais la synthèse de décennies de choix d’investissement qui ont transformé le secteur céramique italien en référence mondiale. Au cours des douze dernières années, le secteur a investi au total 4,5 milliards d’euros, soit 6,7 % du chiffre d’affaires annuel moyen, dans la recherche, le développement et l’innovation durable. Un pourcentage qui, dans l’industrie lourde, trouve peu d’équivalents dans le monde.
« L’entreprise investit chaque année pour réduire les consommations et les gaspillages. Il est essentiel de concevoir des systèmes qui visent non seulement l’économie de ressources, mais aussi le fait de bien faire les choses dès le départ. Utiliser uniquement les ressources nécessaires est un principe fondamental. »
Cette approche systématique est documentée et vérifiée : depuis 2010, Confindustria Ceramica et la Région Émilie-Romagne suivent chaque année les performances environnementales d’environ 90 installations du district secteur à travers le rapport intégré — 35 indicateurs qui mesurent les consommations d’énergie, les émissions dans l’air et dans l’eau, ainsi que la gestion des déchets. Le résultat est un corpus de données sans équivalent dans le panorama céramique mondial.
| Approfondissements: |
| → Industrie céramique italienne : quelle décarbonation ? |
| → L’efficacité énergétique des installations industrielles |
Le produit céramique au service de l’efficacité des bâtiments
L’efficacité énergétique dans l’industrie céramique ne s’arrête pas à l’intérieur de l’usine. Le produit céramique — carreau, brique, élément de façade — est un outil d’efficacité énergétique pour les bâtiments dans lesquels il est installé. Cette double nature, matériau produit avec une efficacité croissante et matériau qui génère de l’efficacité dans le bâtiment, est l’un des arguments les plus puissants en faveur de la céramique italienne dans le contexte de la construction durable contemporaine.
Les façades ventilées en céramique en sont peut-être l’exemple le plus parlant : la lame d’air entre le revêtement céramique extérieur et le mur du bâtiment crée un effet cheminée qui, en été, réduit de manière significative l’entrée de chaleur dans le bâtiment, abaissant la température des espaces intérieurs sans recourir à la climatisation mécanique. En hiver, le même système contribue à limiter les déperditions thermiques. Il en résulte une réduction concrète des besoins énergétiques pour le chauffage et le rafraîchissement.
La recherche scientifique documente des effets mesurables : les surfaces céramiques à forte réflectance peuvent abaisser la température de surface d’un toit de plus de 10 °C par rapport à des couvertures conventionnelles, en réduisant la charge de refroidissement estivale jusqu’à 43 % dans les climats chauds. Ces chiffres sont directement pertinents au regard de la directive EPBD4 (directive UE 2024/1275), qui identifie explicitement l’inertie thermique et le refroidissement passif parmi les stratégies prioritaires. Atteindre la classe énergétique A même en été est aujourd’hui un objectif réglementaire, et la céramique offre des réponses concrètes.
Un autre exemple est le projet européen LIFE SUPERHERO, qui réunit dix partenaires d’Italie, de France et d’Espagne, parmi lesquels Confindustria Ceramica et le Centro Ceramico de Bologne. Le projet promeut des couvertures en terre cuite ventilées et respirantes fondées sur les tuiles innovantes HEROTILES, développées dans le projet précédent LIFE HEROTILE. La solution exploite la ventilation naturelle sous le manteau de couverture pour dissiper la chaleur solaire sans consommation énergétique supplémentaire : les essais documentent des réductions de la consommation d’énergie pour le rafraîchissement des bâtiments allant jusqu’à 50 % par rapport à un toit en pente conventionnel. Au-delà du bénéfice pour le bâtiment individuel, le système contribue à contenir le phénomène d’îlot de chaleur urbain en réduisant la température de la couverture et celle de l’air environnant, un effet important dans les contextes urbains à forte densité bâtie.
Il existe également une dimension temporelle : contrairement à de nombreux matériaux alternatifs, la céramique ne se remplace pas. Un carreau correctement posé dure de 50 à 100 ans, ce qui signifie que l’impact environnemental de la production est amorti sur une période très longue. La rénovation énergétique des enveloppes avec la céramique italienne est donc un investissement de long terme, et pas seulement un choix esthétique.
Enfin, la piste la plus récente : les carreaux photovoltaïques intègrent des cellules solaires dans la surface céramique, transformant le revêtement d’un bâtiment en surface de production d’énergie. Une innovation qui boucle la boucle : de la céramique produite avec de l’énergie propre à la céramique qui génère de l’énergie propre.
| Données : Rapport environnemental intégré 2024 · International Journal of Applied Ceramic Technology, 2025 |
Photo en couverture : Façade ventilée en grès laminé de Cotto d’Este, Hôpital du Cœur G. Pasquinucci, Massa Carrara (photo : Autori associati)


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