La beauté de la céramique, ou l’art de résister
(Octobre 2026) – Fiodor Dostoïevski écrivait que la beauté sauvera le monde. Dans les districts céramiques italiens de Sassuolo, Imola-Faenza et Civita Castellana, nous avons pris l’habitude de penser qu’avant de sauver le monde, la beauté doit aussi passer par une cuisson à 1 200 degrés. Car c’est ainsi que naît la céramique : de la terre, de l’eau et du feu, mais aussi d’une patience qui traverse les millénaires.
Aujourd’hui, l’industrie céramique italienne traverse une période difficile. Les coûts de l’énergie mettent à rude épreuve les marges et les investissements, la concurrence mondiale ne fait aucun cadeau, les réglementations sur les émissions imposées aux producteurs européens sont les plus strictes au monde et les tensions géopolitiques rendent incertains des marchés que nous pensions acquis. Il serait facile de ne parler que de crise. Mais ceux qui connaissent ce secteur savent que son histoire est faite de défis relevés et transformés en compétences et en réussites.
La céramique possède une qualité rare : elle est une beauté qui dure. Un carreau céramique de qualité traverse les décennies sans perdre sa forme ni sa couleur, ne libère pas de substances nocives et résiste au temps. À une époque marquée par la consommation rapide et les objets éphémères, c’est un matériau qui incarnait déjà la durabilité avant même que celle-ci ne devienne un mot d’ordre. Revêtir un bâtiment, une école ou un hôpital avec un matériau hygiénique, inerte et durable signifie mieux construire, réduire les coûts à long terme et respecter les générations futures.
C’est pourquoi, depuis des années, le secteur investit résolument dans la transition. Efficacité des procédés de production, valorisation des déchets, recyclage de l’eau, réduction des émissions et autoproduction d’énergie à partir de sources renouvelables : autant de choix réalisés dans des usines qui maintiennent un lien étroit entre les entreprises et leurs territoires. La décarbonation d’un secteur énergivore n’est pas un slogan : c’est un travail quotidien fait de technologie, de recherche et de courage industriel, qui consiste à explorer et à emprunter toutes les voies rendues possibles par les progrès technologiques et les connaissances disponibles.
Il y a ensuite le capital humain : des techniciens, des designers et des chercheurs capables de transformer un mélange de terre et de pigments en surfaces céramiques reproduisant les effets du marbre, du bois ou de la pierre, avec des performances techniques souvent supérieures à celles des matériaux naturels eux-mêmes. Le design italien rayonne dans le monde grâce à eux aussi.
Alors, la beauté sauvera-t-elle le monde ? Pas à elle seule. Mais la beauté qui naît de la rigueur, de l’innovation et du respect de l’environnement peut montrer la voie : celle d’une industrie qui refuse de renoncer à ce qu’elle est, une excellence manufacturière, et qui, précisément pour cette raison, mérite des politiques à la hauteur de ses réalisations, une énergie à des coûts soutenables et des règles européennes qui ne pénalisent pas ceux qui produisent ici.
La céramique nous enseigne que toute belle chose passe par le feu. Il appartient à chacun, à commencer par ceux qui définissent les réglementations au niveau européen, de faire en sorte qu’elle en ressorte plus forte.